Kundalini (sanskrit)

Le sanskrit est (a été) une des grandes langues de l’Asie, parlée essentiellement en Inde. Son origine remonte à la plus haute antiquité ; son usage, bien qu’en déclin, s’est poursuivi pendant l’ère chrétienne : il continuait à être parlé par les lettrés, comme une seconde langue. Aujourd’hui encore, c’est l’une des 15 langues officielles de l’Union Indienne, une langue de culte et d’enseignement. A titre de comparaison, le latin, depuis Charlemagne, a été utilisé comme une langue savante dans l’enseignement français, et ce jusqu’au XIXème siècle ; nous pouvons imaginer qu’il soit encore aujourd’hui parlé dans l’enseignement universitaire, avec un vocabulaire modernisé : cela peut nous donner une idée de ce que représente le sanskrit de nos jours en Inde.

I – HISTOIRE

Découverte :

Le sanskrit, bien que fort ancien, n’a été découvert par les philologues occidentaux qu’à la fin du XVIIIème siècle. En 1786, l’orientaliste William Jones déclarait : «La langue sanskrite, quelque ancienne qu’elle puisse être, est d’une étonnante structure ; plus complète que le grec, plus riche que le latin, elle l’emporte, par son raffinement exquis, sur l’une et l’autre de ces langues, tout en ayant avec elles, tant dans les racines de mots que dans les formes grammaticales, une affinité trop forte pour qu’elle puisse être le produit d’un hasard.» Il en déduit qu’elles sont issues d’une source commune, ainsi que le gotique, le celtique et le vieux perse.

Les remarques de Jones furent ensuite largement comfirmées par la grammaire comparée développée par Franz Bopp au XIXème siècle. La découverte du sanskrit permit le développement de la linguistique indo-européenne, de la grammaire historique, cette langue apparaissant comme le chaînon manquant entre la proto-langue indo-européenne et le grec ou le latin (ce qui est à nuancer : le sanskrit n’est pas l’ancêtre du grec ou du latin, mais c’est sans doute la langue la plus proche de la proto-langue, bien que les spécialistes ne s’accordent pas tous sur ce point).

Origine :

Le premier document connu remonte au XIVème siècle avant J.C. : c’est le Veda (ou Rgveda), une anthologie d’hymnes religieux. Certains points de repère indiquent que les éléments les plus anciens datent au moins du milieu du IIème millénaire, alors que d’autres sont plus récents.

Ce recueil de textes est déjà à considérer comme un monument littéraire, écrit dans une langue très achevée. Une conclusion s’impose : ce ne peut être un « premier essai ». Une langue n’apparaît pas ainsi d’un coup, dans un tel état d’achèvement. A cette époque, la langue elle-même est sans doute déjà ancienne. La littérature a fort bien pu être orale avant d’être écrite, mais que l’on songe au millénaire qui a presque été nécessaire en France pour passer de la Chanson de Roland à la Légende des Siècles de Victor Hugo, et l’on pourra se demander si la littérature sanskrite n’a pas démarré bien avant le milieu du IIème millénaire avant J.C. Les spécialistes considèrent qu’une partie du Veda est antérieure au IIème millénaire.

Evolution

La langue sanskrite a été décrite et, on peut dire, fixée par celui qui fut sans doute le premier grammairien (connu) de l’humanité : Panini, que l’on situe sans certitude entre le IVème et le VIème siècle avant J.C. Pour Panini, cette langue est tout simplement la langue, c’est-à-dire la seule langue de l’humanité. On n’a pas à l’époque et en ces lieux connaissance de l’existence d’autres parties du monde. Cette langue est pour lui éternelle, et sacrée, parce qu’elle a été donnée par les dieux. Il faut donc la protéger de toute corruption. Avec Panini commence la période du sanskrit classique, pendant laquelle il ne se produit plus de transformations grammaticales (ce qui n’empêche pas le lexique de s’enrichir). Une autre variante de la langue, le sanskrit épique, langue des épopées hindoues, apparaît comme postérieure à la langue classique, et pourtant plus archaïque, ainsi que plus populaire et plus souple.

Plus tard, vers 150 avant J.C., un autre grammairien, Patanjali, commentateur de Panini, décrit une langue qui est sensiblement dans le même état. C’est toujours une langue vivante, parlée (dans la plaine du Gange), la langue maternelle d’une bonne partie de la population. Il cite pourtant des formes dialectales, et fait donc allusion à des « corruptions ». C’est toujours, pour lui, la langue, éternelle, sacrée, à protéger desdites corruptions.

Au début de l’ère chrétienne sont élaborées de grandes épopées, mêlant des faits historiques et des légendes populaires, et contenant les valeurs fondamentales de la culture hindoue, tels le Mahabharata, le Ramayana, ou les Purana (ces derniers, élaborés jusqu’au Xème siècle).

Le terme samskrita apparaît en fait plusieurs siècles après J.C., pour désigner cette langue. C’est un terme qui existe déjà, signifiant « construit, préparé, parfait ». Il est jusque là utilisé pour qualifier… un mets cuisiné correctement, conformément à une recette. Le langage est samskrita quand il est construit selon les règles de la grammaire. Le sanskrit s’oppose au(x) prakrit(s), langue courante dérivée du sanskrit, désignée par un terme qui signifie « à l’état naturel, peu soigné ».

II – LA LANGUE

Les bases du sanskrit sont indo-européennes, proches de celles de la proto-langue reconstituée, avec parfois une accentuation de certains traits qui sont disparus dans d’autres langues. On comparera le sanskrit à cette proto-langue décrite à la page sur l’indo-européen.

Structure :

  • déclinaisons à 7 cas, avec le locatif et l’instrumental, mais le vocatif est considéré comme une variante du nominatif ;
  • 3 nombres (singulier, pluriel, duel) et 3 genres (masculin, féminin, neutre) ;
  • en conjugaison, 10 classes de verbes, possédant des modes, des temps, la voix passive, le tout à l’aide de désinences comme en latin ; le subjonctif existe en langue védique, mais a disparu en langue classique.

L’importance et la complexité de la morphologie correspondent à une simplicité relative de la syntaxe : l’usage des prépositions, et même celui des conjonctions, se sont fortement restreints entre la langue védique et la langue classique.

Lexique :

La grande richesse des formations lexicales compense aussi la pauvreté syntaxique :

  • tout nom peut être la base d’un verbe ; les possibilités de la dérivation sont quasi illimitées, grâce à une quantité de suffixes, dont beaucoup permettent de faire l’économie d’un syntagme complet ;
  • la composition utilise plusieurs procédés qui peuvent s’ajouter, un composé servant alors de base à un autre composé, ce qui donne des noms composés parfois interminables ;
  • un dictionnaire, commencé en 1939, élaboré à partir de 2000 textes et répertoriant des mots simples et des composés de deux ou trois termes au maximum, n’a pas encore pu être achevé à la fin du XXème siècle, et l’on prévoit au moins 100 000 pages grand format à 2 colonnes, soit des millions de termes.

Littérature :

Le sanskrit est la langue qui possède la littérature la plus abondante au monde : religion et mythologie, philosophie, poésie, théâtre, grammaire, droit, médecine, mathématiques et autres sciences… Un nouveau vocabulaire scientifique, technique, politique a été créé, et la production littéraire moderne n’est pas négligeable.

Source : http://bbouillon.free.fr/univ/hl/Fichiers/Cours/sanskrit.htm

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